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Roland Kwemain, ‘‘pourquoi Paul Biya soutient ma candidature à la présidence mondiale de la Jeune Chambre Internationale (JCI)’’
Son histoire n’est pas aussi connue que celle de Samuel Eto’o Fils ou de Manu Dibango. Pourtant Roland Kwemain pour se hisser au pinacle a su se jouer d’un environnement hostile. Son exemple pourrait servir de rampe de lancement à la jeunesse africaine désœuvrée. A 38 ans, il incarne le self- made -man camerounais. Déjà haut dans l’olympe, ce fils d’inspecteur de police rêve de plus de responsabilité, de plus d’influence sur le cours des choses. Il se présente à l’élection du président mondial de la JCI, prévue en novembre prochain. Sans détour, Roland Kwemain dans cette interview évoque ses chances de succès, son ambition pour la JCI. Et, ses relations avec le régime Biya…

Qui est Roland Kwemain ?

Roland Kwemain est un Camerounais qui est né à Yaoundé le 04 avril 1971. Il est l’aîné d’une famille de 10 enfants. D’un père inspecteur de police, aujourd’hui disparu. D’une mère est commerçante. Je suis marié et père de deux enfants. Ma petite famille et moi sommes installés à Buéa, la capitale de la région du Sud-Ouest du Cameroun. Sur le plan professionnel, je suis directeur exécutif de « Adcome ». Nous nous donnons pour objectif de vulgariser les Tic en milieu éducatif. Au sujet de la Jeune chambre international (Jci), j’en suis membre depuis 2002. Mon itinéraire au sein de cette organisation est le suivant: secrétaire général de la Jci de Buéa en 2004, président national de la Jci Cameroun en 2006, Vice-président de la Jci sur le plan international en 2007. Président de l’Andec en 2008. Et en 2009, vice-président exécutif assigné à l’Afrique et au Moyen-Orient, donc environ 35 pays. Ce qui fait de moi le numéro deux de l’organisation. 2010 : j’aspire à diriger la Jci sur le plan mondial. Voilà en bref qui est Roland Kwemain.

Pour un jeune de votre âge, ça fait beaucoup tout de même. Comment en êtes vous arrivé là ?

Je pense que c’est fonction de l’éducation que l’on a reçu de ses parents. Il n’y a pas de réseaux ou de parrainages qui tiennent. J’aime toujours parler de mon papa, parce qu’en réalité il reste mon héros. C’était un homme intègre, je l’ai vu à l’œuvre au centre d’instruction de Mutengue. Il y avait beaucoup de discipline chez nous, notre famille était pénétrée de la crainte de Dieu. Dès le cours élémentaire, j’accompagnais déjà ma mère au marché, tout en allant à l’école. Mon papa était si exigeant qu’il supportait difficilement que j’occupe le deuxième rang à l’école. Pendant que mes camarades profitaient de leurs heures de repos, moi je partais vendre des beignets (ma mère faisait dans la vente des beignets). Moralité : ça vous responsabilise dès le bas âge. Et puis, mon papa me confiait que seul le travail paye. Aujourd’hui, je lui en sais infiniment gré.

Qu’est-ce que la Jci et comment en devient-on président mondial ?

La Jci est une fédération mondiale de jeunes leaders entrepreneurs âgés de 18 à 40 ans. Sa mission est d’offrir des opportunités de développement aux jeunes, qui leur permettront de créer des changements positifs dans leurs communautés respectives. Notre fonctionnement est régi par un système de grands électeurs. La Jci est présente dans 119 pays, compte plus de 200.000 membres et environ 1 million d’anciens membres, c’est-à-dire ceux qui ont plus de 40 ans. Ces derniers ne sont plus actifs, en conséquence, il ne participe pas au circuit de décision au sein de l’organisation. Ce n’est pas la formule un pays, une voix. Le poids électif d’un pays membre est fonction de l’importance des effectifs de son organisation nationale. C’est pourquoi le Japon est la première puissance de le Jci avec plus de 40.000 membres actifs, suivi des Etats-Unis et la Corée du Sud, qui occupent respectivement le deuxième et le troisième rang. Le Cameroun n’a pas la même influence électorale que ce trio de tête. A la Jci, les mandats présidentiels dure 12 mois. Chaque année, nous changeons de responsables de l’organisation tant au niveau local, national, qu’international.

Concrètement, comment les choses se feront à Tunis en novembre prochain ?

Traditionnellement, la Campagne est ouverte 48h avant les élections. Le congrès débute lundi 16 novembre par des séminaires de formation en leadership, management et en business. Nous aurons près d’une quarantaine de séminaires de formation, parce que nous sommes avant nous une organisation de renforcement des capacités des jeunes. Ledit séminaire s’achève mercredi matin. Le soir de ce même mercredi 18, c’est la grande cérémonie d’ouverture présidée par le président de la République de Tunisie. Cette cérémonie célèbre la diversité culturelle, c’est une soirée riche en couleurs. Le lendemain, donc, jeudi la campagne proprement dite est lancée. Il y a l’assemblée générale d’ouverture, où les présidents nationaux (ce n’est qu’eux qui peuvent prendre la parole) discutent du bilan de la présidence mondiale sortante et aussi des perspectives d’avenir. Ensuite, il y a la deuxième assemblée générale animée par des grandes figures internationales. On fait venir des personnalités comme Koffi Anan, pour nous parler d’une thématique. Cette année, nous espérons avoir Al Gore (ancien vice-président des Etats-Unis) comme orateur. Il pourra nous parler du changement climatique. C’est également lors de cette assemblée que les candidats s’adressent à l’assistance. On les interroge sur leur plan d’action, sur leurs capacités managériales ou encore sur leurs motivations personnelles. Le panel des juges est constitué des 5 derniers présidents mondiaux. Ils écoutent et attribuent des notes à chaque candidat. Peu après, il y a l’élection proprement dite. Je rappelle que l’élection aura lieu au cours de l’assemblée générale du vendredi 20 novembre. Aussitôt, que vous êtes élu, vous devez prononcer un discours d’inauguration, dans lequel vous définissez vos grandes lignes d’action pour les 12 prochains mois.

Pouvez- vous nous parler des grandes lignes de votre profession de foi ?

Mon équipe et moi, nous nous sommes assignés trois objectifs majeurs. Nous souhaiterions accroître les effectifs de l’organisation. N’oubliez pas que la Jci en 64 ans de vie a eu 64 présidents mondiaux. C’est une organisation qui renouvelle énormément. Une année pour faire ses preuves ! Ce principe renforce la promotion des valeurs démocratiques. Cependant, il y a un gros challenge à relever. Mon plan d’action s’inscrira dans la continuité. Nous avons en notre sein la commission des planifications stratégiques qui siègent tous les 5 ans. L’année passée la commission a siégé et j’ai eu l’honneur d’y prendre part. Nous étions à peu près 12 pour réfléchir sur le futur de la Jci. Ses résolutions sont presque imposées aux candidats à la présidence mondiale. Vous devez vous en inspirer durant votre mandat, parce que le document est approuvé et adopté par l’assemblée générale. Ce document représente 80 % de ce que le nouveau président doit réaliser. Aux Etats-Unis, siège mondial de la Jci, se trouvent 24 staffs très dévoués. C’est dans les faits eux qui assurent la pérennité, parce le leadership change annuellement. Les personnels de ces staffs permanents sont rétribués. Je dois vous dire que les membres, les vice-présidents, et les présidents ne sont pas payés, ce sont des volontaires. 200.000 jeunes volontaires qui ont décidé de faire quelque chose pour leur communauté, voilà l’esprit jeune chambre !

Qui sera face à vous en novembre à Tunis ?

Sur le plan institutionnel, nous avons 4 vice-présidents exécutifs, 119 présidents nationaux, 17 présidents et un président mondial. C’est une pyramide ! Les 4 vice-présidents sont potentiellement présidentiables. Lors des primaires, le vice-président exécutif assigné aux Amériques, le Colombien Camilo a fait acte de candidature.

Le président de la République vous a écrit pour vous apporter tout son soutien. Comment cet appui présidentiel se traduira-t-il dans les faits ?

Je tiens à rappeler que la Jci au Cameroun est régi (depuis 2003) par décret présidentiel et est placé sous la tutelle du ministère commerce. Le 10 Février 2006, Paul Biya dans un message à la jeunesse avait reconnu les talents et l’engagement citoyen des jeunes de la Jci et, avait cité notre organisation comme un modèle. Donc, il était normal pour nous de saisir le président pour lui dire que notre souhait de briquer la magistrature suprême de cette prestigieuse organisation. Bien entendu, on ne peut pas vouloir exercer une fonction aussi haute sans le soutien et la bénédiction des autorités de son pays. Primo : le soutien que j’ai reçu est d’ordre diplomatique (n’oublions pas que notre système est celui des grands électeurs, conséquence, il faut faire du lobbying auprès des pays influents, et auprès des pays africains membres de la Jci). Il y aura tout un déploiement diplomatique de la part du Cameroun. Le gouvernement mettra à ma disposition un passeport diplomatique. Secundo. Ce soutien est aussi financier. Nous avons un budget pré campagne et pendant la présidence d’à peu près 200 millions. Je rappelle que le budget de la Jci est estimé à 5 millions de dollars (2,5 milliards FCFA). Je dois dire que nous avons à la Jci une culture de cadeaux. Et tout ça à un coût, c’est ce qui explique le budget de 200 millions.
D’autres pays du continent, à l’instar du Nigeria, de la Côte d’ivoire, du Burkina, du Mali, du Maroc, etc. mobilisent des fonds pour que non seulement nous soyons élus, mais que notre présidence soit prospère. Je rappelle qu’en 64 ans d’existence, jamais la Jci n’a eu un noir à sa tête.

L’Etat camerounais aurait débloqué 200 millions de Fcfa au titre de votre candidature. Curieusement cet argent est source de polémique…

Je (re)précise que ces 200 millions représentent le budget précampagne et même post élection. Comme je l’ai dit, un président mondial de la Jci avant l’élection fait 30 à 40 pays. Il y a des grands électeurs dont vous vous devez de rencontrer. Il faut leur offrir des cadeaux. Les frais de déplacement et d’hébergement sont à votre charge, vous payez tout de votre poche. L’organisation a un budget d’environ 2,5 milliards. Vous ne pouvez pas prétendre gérer l’argent des autres, alors que vous n’avez rien. De toutes les façons, vous ne serez pas élu. Peut-être, est-ce la raison pour laquelle aucun noir n’a jusqu’ici diriger la Jci. A cette date je n’ai rien reçu du gouvernement (l’interview a été réalisée le 08 Septembre 2009 à Yaoundé, Ndlr). Mais l’Etat nous fournira un accompagnement. Dès que c’est fait, nous vous tiendrons informés.

L’imagerie populaire décrit la JCI comme l’antichambre de la Franc-maçonnerie, ou de quelque autre secte. Au Cameroun, la Jci a un gros problème d’image. Il est difficile de pointer du doigt une de ces réalisations…

C’est difficile, parce que la Jci investit essentiellement dans la personne humaine. C’est très propre à l’Afrique, partout dans nos déplacements on nous interpelle : ‘’Oh ! Quelles sont vos réalisations concrètes ?’’. En Occident, jamais on ne posera pareille question. Ce que nous faisons est sacré, le développement humain. C’est la plus précieuse des richesses.

Comment j’en suis arrivé là aujourd’hui ?

C’est grâce à ces séminaires, au leadership, c’est-à-dire, la confiance en soi, l’ambition de diriger. A propos de préjugés sectaires, je dois dire que les portes de la Jci sont ouvertes à tout le monde. La Jci est une école de volontariat. Nous comptons 850 membres dans 27 localités au Cameroun.

Avez-vous une idée du nombre d’adhérents de la Jci-Cameroun ?

Nous comptons 850 membres dans 27 localités.

Quels conseils pour la jeunesse camerounaise ?

Je pense que les jeunes doivent avoir une vision. Ils doivent rêver. Le rêve est au commencement de toute chose. C’est vrai, que l’environnement dans lequel nous évoluons est quelque peu hostile, mais on doit rêver. J’encourage les jeunes à plus de responsabilité sociale, cela peut les aider à inspirer certains aînés, qui peuvent par ailleurs les accompagner. En réalité, nous avons besoin d’être accompagnés. Et enfin, les jeunes doivent se montrer utiles. Utile pour moi c’est entrer dans l’action. On ne doit pas dire qu’on ne travaille pas. Ça me fait mal d’entendre un jeune dire : ‘’je n’ai pas de travail’’. Pour lui, ne pas travailler, ça veut dire ne peut être embauché dans une grande société on ne pas être dans la fonction publique. Or, on doit être utile à sa communauté. Pour cela, il y a une voie formidable : le volontariat. C’est-à-dire, vous terminez vos études, si vous êtes ingénieur, vous pouvez aller dans un cabinet et demander à faire 09 mois gratuit. Ça été mon cas. Après mes études, j’ai fait 09 mois dans un cabinet de commerce, je touchais 15.000 F. Une somme très inférieure aux 45.000 de bourse que je percevais. Mais Dieu sait seul le nombre de dossiers marketings importants que j’ai traités au sein de ce cabinet. Après, cela m’a valu un job important bien rémunéré dans une multinationale où 3 ans après je fus promu directeur. C’est vrai, je parle tout le temps de moi, mais j’insiste que tout est possible. A condition de ne pas arrêter de rêver et de croire en soi !

© La Météo : Interview réalisée par Thierry Djoussi

Publié le mercredi 23 septembre 2009


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